Les jeunes lecteurs
Sept jeunes lecteurs sont montés sur scène, lors de la veillée du 14 août puis de la journée officielle, pour partager un texte personnel devant le public du Festival littéraire de Chezani.
Sept textes, sept regards : le format « Une voix, une idée » a donné la parole à une nouvelle génération de lecteurs et d’auteurs en devenir.
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« Lire, c’est agrandir sa vie »
Abdoulhamid Saïd Hachim
Chaque jeune lecteur a reçu un livre à l’issue de sa participation.
« J’attendais qu’on me donne la parole »
Maskat Soudaine
Dans une réunion où les adultes parlaient de nous sans jamais nous demander notre avis, j’avais une idée à partager. Je n’ai pourtant pas levé la main, persuadé que ce n’était pas encore mon tour, qu’un autre la formulerait à ma place. Personne ne l’a fait. J’ai compris, ce jour-là, que la parole ne se donne pas toujours : il faut parfois savoir la prendre. Être jeune, ce n’est pas attendre son tour, c’est apprendre à occuper sa place.
✦ Maskat Soudaine
« Le jour où j’ai prêté mon livre »
Anlya Djambran
Une camarade que je croyais indifférente à la lecture m’a un jour emprunté un livre, puis elle est revenue m’en parler. En citant un passage, j’ai eu l’impression, un instant, qu’elle parlait de moi. J’ai compris alors que l’on ne lit jamais tout à fait le même livre de la même façon, tant nous n’y arrivons pas avec la même vie, ni les mêmes peurs, ni les mêmes blessures. Depuis, quand quelqu’un me dit ne pas aimer lire, je ne réponds plus qu’il devrait lire davantage : je me demande simplement s’il a déjà trouvé le livre qui lui est destiné.
✦ Anlya Djambran
« Le livre que je ne voulais pas lire »
Ayman Machouhouli
Ce livre qu’on m’avait offert, je n’avais aucune envie de l’ouvrir. Il est resté de côté plusieurs semaines, oublié au profit de mon téléphone. Puis un soir, presque par hasard, je l’ai repris, et une phrase m’a arrêté : quelqu’un que je ne connaissais pas venait de mettre des mots sur ce que je ressentais sans jamais parvenir à le nommer. J’ai compris qu’un livre peut nous tenir compagnie, nous contredire, nous faire vivre une existence qui n’est pas la nôtre, et parfois nous ramener à nous-mêmes. Aujourd’hui, quand on me dit ne pas aimer lire, je me demande simplement si l’on a déjà croisé le livre qui nous attendait.
✦ Ayman Machouhouli
« Et si notre histoire était dans un livre ? »
Najat Najar
À force de lire des récits situés dans des villes et des vies que je ne connaissais pas, une question toute simple a fini par s’imposer à moi : et ma rue, où est-elle ? Où sont les histoires de ma grand-mère, nos mots, nos peurs, nos façons d’aimer ? J’ai compris que si notre histoire n’est pas encore écrite, c’est peut-être à nous de le faire, et que la littérature ne naît pas forcément loin, dans de grandes villes ou sous la plume de grands auteurs. Elle peut naître très simplement, d’une grand-mère qui commence par « Quand j’avais ton âge… »
✦ Najat Najar
« Le monde ressemble à notre regard »
Mistoihi Adinane
Mon texte suit un vieux sage installé entre deux villages, à qui des voyageurs viennent demander comment sont les habitants de l’endroit où ils se rendent. Il leur répond invariablement en les interrogeant sur le village qu’ils quittent : celui qui n’y a connu que la méfiance retrouvera la méfiance, celui qui en garde la joie retrouvera la joie. Le sage, en réalité, n’a jamais décrit les villages, mais les voyageurs eux-mêmes. C’est le sens que je voulais donner à ce conte : nous n’abordons jamais les autres les yeux vides, nous portons toujours nos souvenirs et nos préjugés, et le monde finit souvent par ressembler au regard que nous posons sur lui.
✦ Mistoihi Adinane
« On nous dit souvent d’attendre »
Mohammed Sidi
On répète souvent aux jeunes qu’il faut attendre : d’être plus grands, d’avoir un diplôme, un emploi, la confiance des autres, comme si nos idées devaient patienter dehors. Je ne partage pas cette idée. On peut avoir peu d’expérience et une intuition juste, aucun titre et beaucoup à offrir. Pour moi, l’avenir ne commence pas demain, il commence dès aujourd’hui, dès qu’on demande « quelle est ton idée ? » plutôt que « tu es trop jeune ». Le changement, parfois, ne tient qu’à une chaise que l’on ajoute autour d’une table.
✦ Mohammed Sidi
